Pour les sociétés crypto qui souhaitent obtenir une licence CASP à Monaco, la question pratique dépasse désormais le simple rattachement à une vaste catégorie d’actifs numériques. Les spécificités du service, la structure de la société, les dispositifs de contrôle opérationnel et la capacité à satisfaire aux critères de supervision locale pourraient conditionner l’obtention même de l’autorisation. Cette évolution impacte les exchanges, dépositaires, conseils et autres acteurs de l’industrie des actifs numériques, Monaco s’alignant progressivement sur la logique réglementaire du règlement européen MiCA, tout en restant distinct du système d’agrément et de passeport de l’Union européenne.
Le principal changement proposé porte sur le contrôle de l’accès au marché réglementé et son mode d’évaluation.
Le dispositif actuel s’appuie sur la loi n° 1.528 du 7 juillet 2022. Le gouvernement considère ce système inadapté au regard des évolutions du droit européen des actifs numériques, notamment MiCA, conçu pour réduire la fragmentation règlementaire des pays membres, et des standards du GAFI. Le projet de loi n° 1131 vise à remplacer ce cadre plutôt qu’à l’empiler.
Selon la proposition, la fourniture de services crypto réglementés exigerait une autorisation préalable de la CCAF. Les sociétés candidates seraient ainsi évaluées dans une logique très proche de MiCA. Selon les informations publiées, l’Autorité Monégasque de Sécurité Financière et l’Agence Monégasque de Sécurité Numérique participeraient au processus.
Ainsi, la procédure d’agrément devient plus intégrée. Solidité financière, lutte anti-blanchiment et sécurité technique seraient contrôlées ensemble. À Monaco, une bourse crypto devra prouver que sa gouvernance, la protection client, ses systèmes informatiques et ses mécanismes de contrôle forment un tout cohérent avant tout début d’activité régulée.
Le cadre actuel, la transition en cours et les orientations futures s’articulent : la transition réglementaire monégasque acte l’abandon progressif du schéma de 2022, et le nouveau cadre réglementaire crypto inscrit la licence au cœur d’imposantes exigences de conformité.
L’un des volets majeurs de la réforme, c’est la volonté de Monaco de déterminer précisément quels services d’actifs numériques sont autorisés. Le gouvernement souhaite fixer pour chaque catégorie la liste des activités que pourront proposer les CASP et entreprises crypto, plutôt qu’une licence automatique sur toute activité impliquant des actifs numériques.
Cet équilibre change toute la logique : dans un système permissif, une entreprise choisit la catégorie de licence adaptée à son activité. Avec un mode plus sélectif, la première question devient : le service proposé fait-il partie de ceux autorisés à Monaco ?
L’étendue effective dépendra du texte final. Pour chaque domaine — exchange, plateformes de trading, conservation, transferts, gestion de portefeuille, conseil en investissement — il s’agira de confronter l’activité à la liste officielle : rien n’est acquis d’emblée. Les projets DeFi et NFT restent d’ailleurs dans l’incertitude règlementaire sous MiCA, ce qui confirme l’importance de la qualification des services.
Cela rappelle le raisonnement du régime MiCA pour les prestataires UE : chaque agrément indique précisément les lignes d’activité autorisées. Les règles MiCA imposent cette analyse service par service : conservation, exploitation de plateformes, échange, exécution et transmission d’ordres, conseil, gestion, transferts.
Par exemple, le marché spot BTC/USDT sur Gate.com illustre parfaitement le type d'activité d’échange que le régulateur distingue des services de conservation, conseil ou gestion de portefeuille. Seuls les services assurés autour des crypto-actifs, et non la détention de bitcoin elle-même, sont visés par la licence CASP.
La procédure d’agrément CASP à Monaco irait bien au-delà de la seule création de société ou du simple dépôt d’informations.
D’après le projet n° 1131, la gouvernance d’entreprise, les exigences prudentielles, la protection du client et la déontologie professionnelle seraient renforcées. Les pouvoirs de la CCAF s’étendraient pour contrôler la conformité, imposer une supervision continue accrue et contrer les dérives.
Le dossier d’agrément devrait alors justifier les points suivants :
| Domaine d’agrément | Attendus pour la société crypto |
|---|---|
| Gouvernance d’entreprise | Responsabilités managériales claires, supervision et contrôles internes |
| Garanties financières | Fonds propres, dispositifs prudentiels, maîtrise des risques financiers |
| Protection client | Conservation et sécurité des avoirs et données clients |
| LCB/FT | KYC, vigilance client, contrôles et alertes sur activités suspectes |
| Contrôles opérationnels | Processus documentés pour chaque service agréé |
| Cybersécurité | Systèmes, pilotage de la sécurité, gestion des incidents |
| Déontologie | Gestion des conflits, transparence, conduite professionnelle |
Les agréments MiCA imposent déjà plusieurs centaines de pages de documentation. Les seuils à Monaco, comme la liste des pièces, dépendront cependant du texte final et de ses modalités techniques. Par ailleurs, certaines soumissions MiCA, livres blancs inclus, doivent l’être au format iXBRL. La tendance générale est claire : on s’oriente vers un agrément surveillé d’inspiration financière bien plus exigeant qu’un simple enregistrement.
Cette approche prolonge l’écart connu en régulation internationale crypto : l’accès au marché dépend du respect effectif de la LCB/KYC, de la gouvernance et du contrôle continu, non d’une simple déclaration initiale.
Les plateformes d’échange crypto feront face aux enjeux d’agrément les plus larges, une seule entité assurant souvent : gestion technique, transactions, transferts, conservation pour le client.
De ce fait, une même marque pourrait avoir à solliciter plusieurs licences. L’externalisation ne règle pas tout : si des fonctions stratégiques sont confiées à des tiers, l’autorité de tutelle garde la faculté d’enquêter sur la maîtrise réelle et sur la traçabilité du contrôle des risques.
La gestion des avoirs clients, des conflits d’intérêts et la préservation de l’intégrité de marché prennent une dimension centrale, pour des raisons de cohabitation des flux et ressources dans l’entité.
MiCA conçoit l’agrément de la même façon : obligations d’organisation pour les prestataires crypto, exigences de conduite client ciblées pour les exchanges, normes de protection et d’intégrité forte. Un agrément dans l’UE peut être contrôlé sur le registre ESMA, comme détaillé dans le processus de vérification MiCA CASP. Au niveau européen, 130 à 140 licences CASP ont été délivrées, ce qui montre que l’agrément existe mais reste sélectif.
À Monaco, la procédure demeure nationale, confiée à l’autorité compétente locale, sans reconnaissance automatique UE.
Un cadre aligné MiCA n’est pas équivalent à une adhésion.
Monaco n’est pas membre de l’UE. Le projet de loi n° 1131 s’appuie sur le règlement UE sur les crypto-actifs, mais cela n’équivaut ni à une reconnaissance automatique de la licence CCAF par l’UE ni à une intégration aux autres textes européens sur les services financiers. L’alignement Monaco - MiCA et GAFI relève d’une convergence, non d’une extension du passeport européen.
Avec MiCA, un CASP agréé peut, via l’article 65, délivrer ses services sur tous les marchés de l’UE et de l’EEE, sous contrôle des régulateurs nationaux et d’ESMA. Le passeport MiCA a une vocation transfrontalière, la licence monégasque non.
Depuis le 30 décembre 2024, le régime MiCA est applicable, avec mesures transitoires jusqu’au 1er juillet 2026 selon les pays, au-delà desquelles les CASP doivent être agréés pour exercer ; 300 entreprises l’étaient d’ici juillet 2026. L’ESMA a demandé la cessation d’activité dans l’UE pour les sociétés non agréées à l’échéance.
Une société opérant à Monaco et dans l’UE devra donc conduire une double analyse réglementaire : agrément monégasque et agrément MiCA valide avec notification pour le passeport UE.
La réforme crypto monégasque va de pair avec un renforcement du cadre anti-blanchiment et de lutte contre le financement du terrorisme, en réponse à une mise sous surveillance renforcée par le GAFI.
Monaco a été placée sur la liste du GAFI en juin 2024. Au 19 juin 2026, la Principauté avait largement mis en œuvre son plan d’action, justifiant une mission sur place, mais restait sous surveillance à cette date.
C’est une étape importante, bien plus précise qu’un simple objectif de sortie de liste grise : une évaluation finale reste nécessaire.
Le contrôle d’agrément inclut donc au minimum une évaluation LCB/FT étendue, en cohérence avec l’intensification attendue : vigilance client, évaluation des risques, surveillance des transactions et déclaration des faits suspects doivent être intégrés.
Des contrôles renforcés pourront être imposés si l’activité concerne des clients, opérations ou pays tiers à haut risque.
Le régime actuel monégasque valorise la présence locale réelle ; la réforme la confirme via l’exigence d’un établissement effectif, au détriment de la simple prestation transfrontalière.
Les critères exacts d’incorporation, d’effectifs et de substance dépendront des textes définitifs. Une autorisation UE ne vaudra pas reconnaissance automatique : une entité locale dotée de moyens devra souvent être créée. Le contrôle sur place risquera de s’imposer même pour les groupes déjà structurés ailleurs.
Le projet de loi n° 1131 n’est, à ce stade, qu’un cadre proposé.
Le Conseil national doit examiner puis approuver la loi, suivie des décrets d’application. Le texte peut être amendé.
Les acteurs ne doivent pas considérer les exigences provisoires comme acquises ni attendre la dernière minute, car la mise en conformité (gouvernance, LCB/FT, cybersécurité, cartographies de services, procédures clients) s’anticipe.
Une stratégie efficace distingue les règles structurantes (autorisation CCAF préalable, supervision renforcée) des modalités détaillées qui seront connues au moment des textes finaux (fonds propres, période de transition, normes techniques, conditions de fonctionnement).
Le principal risque sera celui du calendrier. Amendements et décrets peuvent modifier le fonctionnement réel de la licence.
L’enjeu transfrontalier subsiste : la licence monégasque ne donne aucun droit automatique dans l’UE, tout comme l’agrément MiCA n’est pas reconnu à Monaco. Les sociétés devront donc cartographier précisément entités, clientèle cible et services par régime.
Enfin, la conformité renforcée implique un coût accru, potentiellement très lourd pour les petites sociétés, en matière de gouvernance, cybersécurité, exigences prudentielles et LCB/FT, comparé aux régimes déclaratifs antérieurs.
La réforme monégasque de la licence crypto pourrait transformer l’agrément CASP, en substituant à la structure fragmentée de 2022 un régime plus centralisé et exigeant, aligné avec le cadre juridique global des actifs numériques, où chaque service requiert un accord CCAF préalable et où la gouvernance, les garanties financières, la déontologie, la cybersécurité et la conformité LCB/FT deviennent des conditions clés.
La distinction clé est d’ordre juridictionnel : Monaco reprend l’architecture réglementaire de MiCA mais délivre une autorisation locale, sous contrôle national, là où l’UE repose sur les autorités compétentes nationales et le régime de passeport MiCA.
Pour les exchanges, dépositaires ou autres prestataires, la première question est celle du service autorisé, la suivante celle de la solidité du cadre de conformité, de la présence locale et du maintien de l’agrément.
La Commission de Contrôle des Activités Financières (CCAF) est l’autorité centrale proposée. L’agrément serait octroyé après avis des autorités de sécurité financière et numérique.
Non. La réforme vise à définir les services autorisés sur actifs crypto. Une activité hors champ n’acquiert pas la légalité par simple conformité générale.
Non. Monaco est hors UE. Le passeport MiCA nécessite un agrément européen et la notification correspondante.
Oui. Elle s’est achevée le 1er juillet 2026, bien que des délais moindres aient pu être décidés par quelques États membres. ESMA a invité les prestataires non agréés à cesser leurs activités dans l’UE à l’échéance.
Au 19 juin 2026, Monaco restait sous surveillance renforcée. Le GAFI a également reconnu la bonne avancée du plan d’action et l’exigence d’un contrôle sur place.
Des dispositifs LCB/FT exigeants s’alignent sur la trajectoire réglementaire monégasque, tant pour les CASP que pour les émetteurs de tokens assimilables à de la monnaie électronique. Les modalités concrètes dépendront des textes d’application, en cohérence avec la protection du consommateur et le modèle MiCA.
Avertissement : Ce contenu, à vocation éducative, ne constitue pas un conseil juridique, de conformité, financier ou d’investissement. Les règles sur les crypto-actifs évoluent très rapidement. Les entreprises doivent systématiquement vérifier les obligations à jour auprès des autorités compétentes ou de conseils spécialisés. Ce contenu s’aligne sur les normes Gate Learn pour le réglementaire (YMYL), avec distinction des faits vérifiés, de l’interprétation et mise en avant de l’incertitude sur les juridictions.





